Afin de nous éclairer sur la spécificité de ces métiers des métiers d’art, Marie-Hélène Frémont, Directrice de l’INMA a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions.

Comment définir un professionnel des métiers d’art ?

Maîtrise, savoir-faire, audace, créativité, exigence, transmission, durabilité… Les professionnels des métiers d’art incarnent des valeurs fortes qui s’expriment dans des activités de production, de création et de restauration du patrimoine, à caractère artistique, technique et /ou scientifique. Hommes et femmes de passion, ils transforment la matière selon des savoir-faire complexes et sans cesse enrichis par de nouvelles pratiques. Depuis 2014, les professionnels qui relèvent des métiers d’art sont définis par la loi. Et une liste de 198 métiers et 83 spécialités, soit 281 activités, relevant des métiers d’art à été fixé.

Quels rôles jouent au sein de la société les professionnels des métiers d’art ?

Les ateliers de métiers d’art constituent aujourd’hui de petites cellules bien vivantes du tissu économique français, ce sont des dizaines de milliers d’entreprises et d’emplois. Patrimoine de nos régions, les métiers d’art participent au dynamisme des territoires. Vitrine d’excellence, ils contribuent au rayonnement de la France à l’étranger. Les métiers d’art symbolisent un certain art de vivre à la française qui représente un véritable atout en termes de développement et d’attractivité touristique.

Au-delà du simple point vue économique, ils sont porteurs de valeurs profondément humaines et vecteurs de lien social.

Ils n’ont eu de cesse d’évoluer pour s’adapter aux mutations de leur environnement. Profondément innovantes, les pratiques actuelles bouleversent les conventions pour rechercher plus de sens, de dialogue et d’interdisciplinarité.  Les métiers d’art apportent aujourd’hui une réponse adaptée à une aspiration mondiale à consommer des produits détenteurs d’une identité et d’une âme, dont le temps d’élaboration, la qualité de fabrication et la durée de vie sont la valeur ajoutée.

Comment sensibiliser et attirer les jeunes au sein de ces métiers ?

Les Journées Européennes des Métiers d’Art, coordonnées par l’Institut National des Métiers d’Art, ont été créées en 2002 par les pouvoirs publics pour valoriser ces métiers auprès du grand public et notamment des jeunes générations. Chaque année, pendant trois jours début avril, le public est invité à découvrir ces métiers en se rendant dans des ateliers, des centres de formations ou en participant à des événements spécifiques (démonstrations hors-les-murs, expositions, circuits…). Ces dernières années, la proposition d’activités spécifiques pour le jeune public a constitué un axe de développement important pour les JEMA. Aujourd’hui, 30% des visiteurs viennent avec des enfants pour assister aux plus de 8000 événements organisés sur tout le territoire français. Une dynamique qui sera au cœur de la prochaine édition 2018.

L’INMA, soucieux de renforcer la sensibilisation des jeunes aux métiers d’art et conscient de l’importance de la transmission, met en place beaucoup d’autres actions dans ce domaine : base de données des formations aux métiers d’art dans toute la France accessible sur son site internet, publication de l’ouvrage Métiers d’Art : formation Initiale (paru à la Documentation Française), mise en ligne de vidéos des jeunes lauréats du Prix des formations organisé par l’INMA ou encore l’organisation d’un programme d’éducation artistique et culturelle inédit à destination des collégiens « A la découverte des Métiers d’Art »

Comment maintenir le savoir-faire de ces métiers qui tombent parfois dans l’oubli ?

Créé par le ministère de la Culture et de la Communication en 1994, le Dispositif Maîtres d’art – Elèves constitue un programme unique en Europe dont la gestion a été confiée à l’Institut National des Métiers d’Art en 2012. Il est destiné à préserver les savoir-faire remarquables et rares du secteur des métiers d’art en assurant leur transmission. Il concerne les savoir-faire qui ne peuvent s’acquérir qu’au sein d’un atelier, et pour lesquels il n’existe pas ou peu de formations. Les binômes Maîtres d’art – Elèves qui en bénéficient sont sélectionnés à l’issue d’un appel à candidatures qui a lieu tous les deux ans.

Ce dispositif exceptionnel mérite d’être complété par d’autres programmes innovants pour garantir la transmission des savoir-faire et des entreprises dans les métiers d’art. Il existe déjà des initiatives dans plusieurs Régions. Il faudra certainement démultiplier et amplifier ces initiatives et développer des « parcours individualisés de formation », indispensables dans les métiers d’art. C’est un enjeu fondamental pour maintenir l’excellence française dans ce domaine dans les prochaines années.

www.institut-metiersdart.org

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