Du 8 juillet au 8 octobre 2017, le Centre d’Art Campredon consacre une exposition monographique à Parvine Curie, sculptrice franco-iranienne au parcours singulier qui fait partie des rares femmes à s’être imposées dans le monde de la sculpture contemporaine.

L’exposition « Sculptures et Thangkas » couvre une grande partie de son œuvre, de 1967 à aujourd’hui. Elle en révèle la cohérence en présentant plus de quatre-vingts sculptures, tentures, dessins, gaufrages et collages. Mis à part ses affinités avec le sculpteur François Stahly, dues à leur vie commune, et des éléments plastiques qu’elle partage avec l’œuvre du sculpteur autrichien Fritz Wotruba, Parvine Curie a évolué en solitaire dans le monde de l’art, guidée essentiellement par son inspiration et son instinct, échappant ainsi aux styles et  aux conventions d’époque. Des résonances palpables avec les architectures conçues par l’homme ou formées par la nature sont présentes dans son œuvre. Sculptures et tentures se réfèrent au monde tangible et portent des titres qui opèrent comme des réminiscences de la réalité dans laquelle elles prennent corps : Mère-Santa Maria del Mar, Personnage Burkha, Beffroi, Torcello…

 

De la persistance de la vision intérieure de l’artiste et de sa confrontation avec la matière naissent des mères demeures, des portes, des escaliers, des personnages, des  labyrinthes, des envols. Schèmes chargés d’une fonction symbolique, ils évoquent l’abri intérieur, le refuge, le passage d’un monde à un autre, l’arrachement, le « désir d’échapper ». Ces sculptures-architectures aux formes hiératiques et ascétiques, caractérisées par une grande stabilité pendant les premières décennies, sont soumises à partir du début des années 1990 à un certain déséquilibre, un décrochement des volumes, introduisant une dynamique du mouvement. Leur graphie, silencieuse et poétique, variée et complexe, exigeante et dépouillée, est aussi éloignée d’une ambition mimétique que d’une abstraction pure. La lumière et le vide sont de véritables composantes formelles au même titre que les volumes sculptés. La forme prime sur les matériaux ; le choix de la non-couleur, noir et blanc, contribue à la sublimer, les sculptures se détachent dans l’espace tels des signes, des idéogrammes appelant à un déchiffrement. Les Thangkas de Parvine Curie, inspirés des bannières cérémonielles du Népal et du Tibet, prolongent son dessein sculptural. A la fois objets et images, ils sont constitués d’aplats de tissus de différentes factures qui composent par leur  superposition le tableau final, au moyen d’une perspective « aérée ». La fragilité et la transparence du tissu, en opposition à l’opacité et à la solidité de la masse sculptée, offrent à l’artiste une importante alternative expressive. L’absence d’une progression linéaire ainsi que la constance des thèmes et des formes qui s’entrecroisent et s’élaborent tout au long de ces cinquante années de travail justifient le choix d’une présentation qui n’est ni véritablement chronologique, ni strictement thématique, en accord avec les possibilités offertes par la somptueuse architecture de l’hôtel Donadéï de Campredon. Plusieurs pièces ici réunies, tels Personnage aux Ailes Repliées ou Temple oublié sont présentées pour la première fois au public. La force et le sentiment du sacré se révèlent lors de cette exposition qui invite à la contemplation d’un monde énigmatique.

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