Après le succès de l’exposition Super Green, ou la « nature rationalisée » (2017), le Studio Marant – emmené par Emily Marant – investit l’hôtel Le Cinq Codet pour une deuxième édition mixant art et design émergents.

Rejointe par Alice Gotheil, les deux commissaires indépendantes y explorent le thème des réalités parallèles à travers le prisme du rêve. Baptisée « Reality Check », l’exposition fait écho au thème de la Paris Design Week – Un Monde Meilleur – et propose autant de passerelles créatives vers le fantasme, une approche onirique du quotidien et une réalité réinventée.

Installés au sein même de l’hôtel dans les espaces dédiés au public, les œuvres présentées permettent de « glisser vers une autre réalité, de multiplier les jeux de perception », expliquent Alice Gotheil et Emily Marant. Autant de fenêtres ouvertes sur un ailleurs qui créent un contrepoint et des accidents dans les intérieurs dessinés par Jean-Philippe Nuel.

« Nous cherchons le point de rupture : celui qui met le spectateur en danger, permet de détourner la réalité et de multiplier les niveaux de lecture. Nous avons sélectionné des artistes qui génèrent des univers impalpables, provoquent une sensation différente, induisent une nouvelle réalité », ajoute le duo. L’exposition donne la parole à une dizaine d’artistes dont les œuvres varient en style : les sculptures en résine de Victor Vaysse répondent aux lampes en papier translucide de la designer Ionna Vautrin. Plus loin, les collages surréalistes de Lia Rochas-Pàris, les totems tribaux de Pauline Guerrier et les sculptures de Maloles Antignac prennent une place symbolique, évoquent des rituels. Ils contrastent avec le caractère organique des chaises « en mutation » de Charlotte Kingsworth ou onirique des céramiques du collectif Gangster, présentées dans la cave à vin.

Lia Rochas-Pàris

« Assembler, créer des liens, partager » pourraient être les maîtres mots de cette femme orchestre qui crée avec les éléments qui l’entoure. Des collages, des dessins, des polaroïds, des expositions sur une étagère dans le cadre de Shelves ou encore des rencontres « Comme un roman-photo », Lia Rochas-Pàris considère chaque source d’inspiration comme une pièce d’un puzzle dont on ignore encore l’illustration finale. Sa pratique du collage matérialise cette vision. Lia explore les formes, les espaces vides et pleins, jongle entre géométrie et maladresse des traits et des coupes. Sa pratique du dessin est fortement inspirée par son père, Z.L Da Rocha(s) mais également par Sophie Tauber-Arp, Jean Arp, Sonia Delaunay, Zadkine, Matisse, Brancusi.

Lia travaille depuis quelques années sur un projet autour de son père intitulé « My heart belongs to dadarocha(s) ». À suivre.

Ionna Vautrin

Diplômée de l’école de design Nantes Atlantique en 2002, Ionna Vautrin a successivement travaillé pour Camper en Espagne, George J. Sowden en Italie et Ronan et Erwan Bouroullec en France. Elle ouvre son propre studio en Janvier 2011 après avoir remporté le grand prix de la création de la ville de Paris. Elle collabore avec différentes marques et éditeurs tels que Foscarini, Moustache, Kvadrat, Christian Dior Parfums, Sancal, Lexon, Serralunga, SNCF, JCDecaux… Son travail est une rencontre entre poésie et industrie. Elle dessine des objets du quotidien dont l’ambition est d’être simple, évident mais surprenant. Ses projets associent des formes géométriques et organiques, un esprit espiègle et coloré, des usages intuitifs et fonctionnels, une présence chaleureuse et familière.

Gangster

Gangster, un collectif + un lieu Quatre artistes qui lient leurs pratiques et leurs terrains d’expérimentation autour de la terre. Gangster c’est un pari qui a ouvert ses portes en mai 2017 dans le quartier de Bastille à Paris. Monter un atelier de céramique n’a rien de nouveau mais ce qui est peut-être un peu plus singulier, c’est un collectif de céramistes. Emmanuelle Roule, Judith Lasry, Léa Munsch et Lola Moreau préfèrent travailler en groupe plutôt qu’en solitaire. Elles partagent une approche expérimentale de la céramique ; chacune d’entre elle développe sa pratique, ses recherches de formes et de couleurs. Les gestes sont pluriels, ils sculptent, modèlent, façonnent, tournent, le grès, la porcelaine ou la faïence. Les quatre complices jonglent entre l’individuel et le collectif, et développent également dans leur atelier des pièces communes signées gangster. De la création sculpturale à l’utilitaire, le champs des possibles est vaste. Cette gangstérisation se matérialise par la conception de micro-séries ou d’installations au grès des envies, échanges, rencontres et invitations.

Maloles Antignac

Maloles Antignac, plasticienne espagnole mêle la sculpture aux installations à travers l’utilisation d’une riche gamme de matériaux tels que la céramique, la cire, les minéraux, les pigments ou encore des éléments symboliques naturels comme les œufs. Sa recherche trouve un sens profond dans les communautés indigènes, les rituels de transe, la nature, l’anthropologie, la mythologie, la biologie germinale, la cosmologie. « L’utilisation de l’argile est mon point de départ pour un mode d’expression particulier et dans le cadre d’une pratique plus large. C’est comme explorer l’Origine comme « MOMENTUM », l’impulsion qui le rend possible ». Ancienne rédactrice de mode pour des magazines comme Vogue ou Elle, elle lance en 2004 sa marque de chaussures éponyme sur le thème de la ballerine. Elle a récemment œuvré à la réouverture de l’hôtel de Crillon, a été en résidence à la manufacture de Sèvres et participé au projet Toguna au Palais de Tokyo.

PAULINE SARRUS

Née à Londres en 1987, Pauline Sarrus vit et travaille à Paris. Diplômée de l’école des Arts Décoratifs de Paris en 2013, elle a été nommée parmi les 3 finalistes du prix Yia Art Fair Brussels en 2016. Sa pratique est transversale, de la peinture à l’installation. Elle se nourrit de ses voyages (en Chine notamment – où elle a été initiée à l’art de l’estampe) et de sa curiosité pour l’anthropologie et les artisanats. Ses projets prennent appui sur une approche singulière des matériaux comme révélateurs de sens. Chaque technique est convoquée pour son potentiel symbolique et son bagage de références. À travers une manipulation de la représentation et du trompe-l’oeil, elle questionne la mémoire, la disparition et la résistance des formes et des symboles.

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