©Fondation Monet

3 juin 1980 : Et naquit la Fondation Monet …

C’était il y a tout juste quarante ans. Laissé à l’abandon avant d’être magnifiquement restauré par Gérald Van der Kemp, l’écrin givernois ouvrait ses portes aux visiteurs. Flashback avec Gilbert Vahé, le chef jardinier qui s’échina à reproduire les jardins à l’identique…

L’événement médiatique était de taille. Dès le mercredi 28 mai 1980, des officiels s’étaient pressés à Giverny pour inaugurer le site. Parmi eux, Anne-Aymone Giscard d’Estaing, alors Première Dame de France ou Yves Mourousi, qui avait présenté son «13 heures » de TF1 en direct de la maison rose. De nombreux médias avaient relayé l’événement, dont le journal télévisé « Soir 3 ». Enthousiastes, invités et journalistes étaient au rendez-vous. Mais quid des visiteurs ? A l’aube du 3 juin 1980, l’équipe de la Fondation ignorait si le public répondrait présent. Quelle ne fut pas sa stupéfaction de découvrir, en ouvrant les portes, une longue file d’attente dans la rue Claude Monet !

Gilbert Vahé, le chef jardinier qui présida à la renaissance des jardins, se souvient : « Pour Gérald Van der Kemp, c’était une réussite. Il était ému et heureux. Nous n’attendions pas autant de monde ! Mais, après l’euphorie, il a fallu trouver des solutions !» Les jardins n’avaient pas, en effet, été aménagés pour accueillir un tel flux de visiteurs : « Les allées n’étaient pas assez larges. Rien n’était bétonné et ça faisait floc floc sous les semelles du public !» Outre parfaire la déambulation des visiteurs, l’équipe s’emploie, au plus vite, à protéger les massifs : « Il existait, du temps de Monet, des bordures en brique du côté de l’allée centrale. Nous les avons reproduites à l’identique, partout où il fallait protéger les plantations ». La Fondation Monet s’attendait à accueillir, tout au plus, 7 000 visiteurs la première année. Ils seront, au final, 83 000 à visiter la Fondation en 1980 !

Quarantième bougie !

La Fondation Monet qui, en 2018, enregistra une fréquentation record avec 696.636 visiteurs, souffle cette année sa quarantième bougie. Une saison anniversaire ponctuée de rituels, nouveautés horticoles et rendez-vous culturels. Suivez le guide !

3 juin 1980. Après quatre intenses années de restauration orchestrées par Gérald Van der Kemp, le sanctuaire givernois de Claude Monet se révélait au public. Quarante ans plus tard, le directeur de la Fondation Monet, Hugues R. Gall, continue de perpétuer, tel un gardien du temple, l’authenticité et la magie des lieux. Et les visiteurs de se délecter des merveilles de ce jardin extraordinaire ! Quel privilège, en effet, que de marcher dans les pas du maître impressionniste et d’y deviner son chevalet ! Comme le souligna jadis Gérald Van der Kemp, rien de tel qu’un « pèlerinage à Giverny pour mieux comprendre le maître et saisir les sources de son inspiration ».

Car les jardins givernois, miroirs de la palette de l’artiste, s’apparentent à une œuvre picturale grandeur nature !

« Venir à la Fondation Monet, c’est devenir acteur d’une toile impressionniste », nous glissait, en 2018, l’un des visiteurs. Et quel plaisir aussi que de se ressourcer, au cœur de la campagne normande, dans la fraîcheur d’un jardin préservé et serein…

Iris d’eau, barque et roseraie…

Si « rester fidèle à l’esprit Monet » constitue l’immuable ligne de conduite des jardiniers, aucune saison ne se ressemble ! Que nous réserve, dès lors, le jardin 2019 ? Dirigée par Jean-Marie Avisard, l’équipe des mains vertes continue de conjuguer respect de la véracité historique et nouveautés. « Claude Monet, qui était lui-même un précurseur, aurait fait de même », assure Rémi Lecoutre, chef jardinier adjoint. Ainsi de nouvelles vivaces -dont la salvia viscosa framboise, une variété de sauge ou la centratherum pineapple sangria, qui produit des fleurs en bouton bleu lavande-, vont, elles, être introduites. « Dans une perspective de contraste mais aussi d’harmonie », le dessin des tulipes sera enrichi et densifié sur les bords de la majestueuse allée centrale. Soucieux de reproduire les coups de cœur horticoles de Claude Monet, des jardiniers ont décidé de miser, cette saison, sur les iris d’eau. Une plante vivace aux multiples atouts que chérissait le maître des lieux ! « Claude

Monet en possédait toute une collection, confirme Rémi Lecoutre. Nous nous sommes approvisionnés chez Latour-Marliac, la pépinière lot-et-garonnaise chez qui Claude Monet se fournissait jadis en plantes aquatiques.

L’entreprise a conservé, dans ses archives, les commandes passées par le peintre à partir de 1894. Nous avons donc pu commander les mêmes !» Ces éclatants iris ne seront pas les seuls nouveaux occupants du célèbre jardin d’eau. L’équipe a, en effet, décidé de remplacer la mythique barque utilisée pour prendre soin des nymphéas.

Construite, « à l’ancienne », par l’artisan Olivier Rolland, la nouvelle embarcation « ressemble davantage, selon notre chef jardinier Jean-Marie Avisard, à celle dont usa jadis Claude Monet» !

Il est, enfin, un autre grand chantier auquel vont s’atteler, sur deux ans, les mains vertes du Clos Normand. Choyée jadis par le maître des lieux, «la roseraie va être refaite entièrement, avec une alternance de rosiers tiges et grimpants. Au total, il y aura 508 plants et 58 variétés, dont la moitié devrait être plantée cette année ». Festival de couleurs et d’élégance à venir !

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