L’artiste Igor Gadreaud réalise depuis quelques années des sculptures et installations artistiques postapocalyptiques à partir d’objets et de matériaux de récupération.

La récupération comme ressource artistique

Depuis toujours Igor aime travailler de ses mains, dessiner, et bricoler avec des matériaux de récupération. Son parcours professionnel dans l’industrie et notamment les machines d’impression numérique l’a éloigné un temps de l’activité créative. Mais cela a aussi renforcé son goût pour l’artisanat et la sculpture; et son envie de travailler le volume et la matière. Aujourd’hui pour réaliser ses sculptures hybrides, il utilise principalement des matériaux et objets de récupération trouvés au bord des routes. Il combine différentes techniques comme la peinture, le travail du métal, du bois, du cuir, et pratique avec bonheur le détournement d’objets. Par le biais de ses installations, Igor explore les rebuts de la vie courante et anticipe un monde. Dans celui-ci, la matière première viendrait à manquer, et ainsi, notre principale ressource serait nos déchets.

Un art post apocalyptique

À partir de ces matériaux de récupération, il donne corps à son imaginaire intérieur où se côtoient masques, totems, boucliers, costumes et objets variés. Un univers post apocalyptique qui fait flirter images décalées et obsession de la survie, inspirations tribales et iconographie guerrière. Si les protections corporelles omniprésentes laissent entrevoir une vision assez sombre, Igor affirme rester optimiste. Il dit avoir confiance dans la faculté de l’Homme à s’adapter, à faire de la récupération de matériaux et d’objets; et à tirer parti de ce qu’il trouve, fut-ce dans les poubelles du passé. Si cet art post apocalyptique ne laisse pas indifférent, il dépasse les limites de la simple provocation. Perfectionniste, Igor passe beaucoup de temps sur chaque pièce pour exploiter au mieux les matériaux et objets récupérés. Il peut ainsi peaufiner chaque idée et présenter une œuvre aboutie

Se libérer du chaos intérieur à travers l’art

L’artiste sculpteur parisien avoue prendre aujourd’hui une revanche sur l’adolescent qu’il était. Il a perdu son père très tôt, et a dû mettre de côté ses aspirations artistiques pour travailler. Ses installations d’art post apocalyptique cachent en réalité une sensibilité exacerbée et constituent pour Igor une sorte d’exorcisme. C’est une façon de se libérer du chaos intérieur. Car utiliser ce qu’on a pour faire des sculptures, ce n’est pas seulement utiliser le matériel à disposition, détourner des objets ou des matériaux de récupération. C’est aussi exploiter tout ce qui nous constitue, nourrit notre imaginaire et nos émotions. Lectures de jeunesses, névroses, espoirs, c’est tout cela que l’on retrouve dans son travail. Les amateurs d’art et les collectionneurs ne s’y sont pas trompés et ont su reconnaitre, sous l’armure, l’acuité visionnaire et l’auto-dérision d’un esthète affirmé.

Maison & Jardin Magazine