Pour l’artiste Zariel, peindre est une nécessité absolue, presque viscérale. Ainsi, il donne vie à des toiles qui façonnent un univers artistique contemporain traversé par une multitude d’univers.
Comment décririez-vous votre univers artistique contemporain ?
Mon univers rassemble une multitude d’univers. Je ne m’accroche ni à une référence, ni à un style, ni à un mouvement précis. Mon travail ressemble donc à un puzzle géant dans lequel je tente de tout mélanger.
Qu’est-ce qui compose cet univers ?


Mes sources d’inspiration sont nombreuses. Par conséquent, les pièces qui composent ces puzzles le sont aussi. Je fais notamment appel aux codes de l’imagerie pop et à certaines bandes dessinées sud-américaines. J’intègre aussi l’art nouveau et même l’art classique, notamment à travers l’esthétique des vitraux. Ainsi, mes toiles attirent le regard et laissent apparaître différents messages.
Quels messages peut-on déceler dans cet univers artistique contemporain ?
Toutes mes œuvres possèdent une structure narrative. Elles portent un discours politique ou une critique de la société et de nos comportements. Toutefois, ces messages se dissimulent derrière un style pop. Le spectateur peut donc simplement apprécier l’esthétique ou, au contraire, percevoir le message transmis.
Vous usez d’allégories pour véhiculer ces messages. Quelles sont-elles ?

La majorité de mes toiles repose sur trois éléments symboliques qui structurent aussi mon univers artistique contemporain. D’abord, le singe bleu représente la vie. Ensuite, les humanoïdes à tête de poulpe incarnent le dogme et l’omniprésence de la religion. Enfin, les créatures violettes, que j’appelle les « purple monsters », symbolisent l’inconscience qui nous accompagne. Par exemple, mon œuvre « Attitude » reprend ces allégories pour évoquer les bombardements sur Gaza.
Vos peintures se prolongent dans un projet, UPDN. Pouvez-vous expliquer de quoi il s’agit ?

UPDN signifie Univers Parallèle du Nôtre. Ce projet invite différents artistes à faire dialoguer leurs univers. Chacun propose sa vision et contribue à construire un multivers commun. L’ensemble se rassemble autour d’une fiction qui agit comme point d’ancrage. Ainsi, elle confronte le réel et ouvre des brèches dans l’imaginaire des spectateurs.
À quelle réalité votre fiction se mélange-t-telle ?
Nous détournons les codes de la communication classique et organisons des campagnes publicitaires ou des festivals. Nous créons aussi des articles et des gazettes. Ainsi, chaque projet est catalogué, enregistré et archivé par le service administratif d’UPDN. Ces documents deviennent alors une preuve bureaucratique de l’existence d’autres univers.
Dans cette approche de la fiction et du multivers, comment percevez-vous le réel ?


Le manifeste du Multiverselisme guide le projet UPDN. Selon cette vision, le réel ressemble à une habitude. Il s’apparente à une longue phrase sans ponctuation que l’on nous demande de lire sans respirer. Nous choisissons donc de la raturer, de la découper et de l’annoter. Nous y collons aussi des post-it venus d’autres dimensions. Ainsi, nous détournons, dérivons et piratons pour multiplier le monde et nourrir un univers artistique contemporain.
Votre approche du réel, de la fiction et du collectif ne donne-t-il pas aussi une autre dimension à l’art ?
Une grande partie de ma culture s’est construite pendant mes études en design graphique. L’un de mes professeurs d’histoire de l’art nous enseignait notamment le mouvement situationniste. Les situationnistes souhaitaient supprimer la frontière entre le public et l’œuvre. Ils parlaient plutôt de participants. Avec UPDN, nous cherchons à abolir cette frontière et à fissurer le mythe d’un puzzle prétendument achevé.

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