Au Québec, Miville, Jennifer Tremblay de son vrai nom, est une artiste peintre abstraite. Formée en scénographie au Conservatoire d’art dramatique de Québec, créatrice de costumes reconnue dans le théâtre et la télévision montréalaise, elle a été nommée à trois reprises aux prix Gémeaux. Aujourd’hui, son travail pictural abstrait explore un langage du souffle, entre tension vitale et apaisement méditatif.

Votre lien à la création semble s’être construit très tôt. Comment ce rapport s’est-il installé ?

J’ai toujours été très contemplative. Enfant déjà, la peinture m’a permis de canaliser une énergie débordante. Dès le primaire, j’avais cette envie très claire de bien dessiner. Je ne viens pas d’une famille d’artistes mais le besoin d’expression était là, très instinctif.

Votre parcours de costumière semble structurer votre regard. Comment cela se traduit-il dans votre art, en tant qu’artiste peintre abstraite?

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©Mélanie Olmstead

La lumière est centrale dans mon travail, tout comme la composition et la respiration du tableau. En abstraction, tout se joue dans la ligne, l’équilibre et l’esthétique du geste. Les deux pratiques se nourrissent mutuellement. Le costume est un travail collectif, entouré, vivant. La peinture, elle, m’offre une solitude nécessaire. J’ai besoin des deux. L’un vient équilibrer l’autre.

Vos œuvres dégagent une impression de calme, presque méditative. D’où vient cette atmosphère?

La nature m’inspire profondément, tout comme l’architecture. Mes œuvres deviennent de plus en plus spirituelles et j’aime qu’elles respirent le bien-être. Mon geste est naturellement circulaire, avec des mouvements ascendants, des élans vers le haut. L’eau occupe également une place essentielle. J’en ai intégré davantage dans mes œuvres récentes, en diluant l’acrylique pour créer de la transparence et de la profondeur. L’eau m’apaise.

Votre travail est souvent qualifié d’expressionniste abstrait mais il échappe à l’automatisme. Comment décririez-vous votre démarche d’artiste peintre abstraite?

Elle est très gestuelle, très viscérale mais jamais automatique. Le résultat peut sembler minimaliste, épuré mais le processus reste long et réfléchi. Je visualise beaucoup avant de peindre et je prends du temps entre chaque étape. Je fabrique aussi mes propres pigments et je mélange mes couleurs dans un médium acrylique transparent. Mon geste peut être fougueux, mais la démarche reste méditative. Je peins l’énergie vitale.

Comment le public reçoit-il cette énergie que vous cherchez à transmettre ?

Lors de ma dernière exposition, beaucoup de visiteurs s’arrêtaient longuement devant les œuvres, presque en silence. La galeriste me disait qu’elle voyait le public face aux tableaux comme elle me voit, moi, dans mon atelier.

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©Mélanie Olmstead

Certaines œuvres incarnent-elles plus particulièrement cette notion de mouvement intérieur?

Foehn, par exemple, évoque un vent, un souffle en déplacement. De son côté, Flore est très méditative, avec une grande profondeur. Le mouvement est présent, mais canalisé, adouci, avec beaucoup d’eau. Enfin, Ressac est différente. Elle traduit un mouvement marin de fond. D’ailleurs, une femme a été très émue par cette œuvre. Elle y voyait un tourbillon mais aussi une lumière. Son mari traversait une dépression, et l’œuvre faisait écho à ce qu’elle vivait.

Vous avez choisi de reprendre des études d’art à Concordia. Qu’est-ce que cela vous apporte dans votre parcours d’artiste peintre abstraite?

Cela m’a permis d’affiner ma technique et surtout d’échanger avec d’autres artistes, souvent plus jeunes. Cela me rapproche aussi des préoccupations de ma fille de 17 ans, de cette génération. Je vais voir beaucoup d’expositions et je prends le temps d’approfondir ma recherche. Je ne veux pas m’installer dans ce que je fais déjà en tant qu’artiste peintre abstraite. J’essaie de continuer à évoluer, à rester en mouvement.

Quels horizons se dessinent pour les prochains mois ?

Je viens de terminer une exposition et je me concentre actuellement sur la fin de mon cursus à Concordia. D’autres projets d’exposition viendront, mais pour l’instant, l’essentiel reste la recherche. Le fil se poursuit, pas à pas.

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